La scène est familière : un salarié enchaîne plusieurs contrats à durée déterminée (CDD) sur un même poste. Le Code du travail encadre strictement ces situations pour éviter l’abus. Entre renouvellements, durée cumulée et délai de carence, la question clé est : à quel moment le recours répété au CDD peut-il justifier une requalification en contrat à durée indéterminée (CDI) ? Cet article explicite les règles générales, les exceptions les plus fréquentes et les démarches à entreprendre si vous pensez être concerné.
Cadre légal et règles générales
Le CDD ne peut être conclu que pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire. Un CDD peut, en principe, être renouvelé deux fois. La durée totale autorisée d’une succession de CDD varie selon le motif (remplacement, accroissement temporaire d’activité, contrat saisonnier, etc.) et selon les conventions collectives applicables. Dans de nombreux cas, la durée maximale cumulée atteint dix-huit mois, mais elle peut être plus courte ou plus longue en fonction du motif et des accords collectifs.
Le délai de carence est une règle destinée à éviter l’enchaînement artificiel de CDIl s’agit d’un intervalle de temps à respecter entre deux contrats successifs sur le même poste. Ce délai se calcule le plus souvent en fonction de la durée du contrat précédent (par exemple, un tiers de la durée du contrat précédent), mais des exceptions existent : remplacement d’un salarié absent, contrats saisonniers, et emplois créés pour un surcroît ponctuel d’activité peuvent être exonérés du délai de carence selon les conditions prévues par la loi ou la convention collective.
Situations fréquentes et exceptions
| Situation | Renouvellements usuels | Durée totale indicative | Délai de carence |
|---|---|---|---|
| Motif standard (accroissement temporaire) | Deux renouvellements possibles | Souvent 18 mois selon motif | Oui, sauf exceptions prévues |
| Remplacement d’un salarié | Renouvellements limités selon besoin | Liée à la durée de l’absence | Exemptions possibles |
| Contrat saisonnier | Règles particulières | Plafonds variables | Souvent non applicable |
| Intérim et missions | Règles propres à la mission | Varie selon accord | Variable selon contrat |
Quand envisager la requalification en CDI ?
La requalification peut être demandée lorsque le contrat, malgré son étiquetage « CDD », répond en réalité aux caractéristiques d’un emploi permanent : tâches régulières et durables, poste pourvu de façon continue, absence d’objet précis et temporaire du contrat. Les éléments appréciés sont la répétition des missions, la permanence du besoin, l’intégration dans l’organisation (participation aux réunions, attribution d’horaires fixes, utilisation continue d’outils fournis par l’entreprise) et la présence de la même fiche de poste ou des mêmes fonctions d’un contrat à l’autre.
Démarches pratiques : préparer un dossier solide
Avant d’entamer une procédure, il est recommandé de réunir toutes les preuves démontrant la permanence du poste. Une lettre adressée à l’employeur demandant la requalification, accompagnée d’une mise en demeure prudente, est souvent la première étape. Si l’employeur refuse ou ne répond pas, vous pouvez saisir l’inspection du travail pour information et ensuite les conseils de prud’hommes. La saisine des prud’hommes permet d’obtenir la requalification et, le cas échéant, des indemnités pour licenciement déguisé ou absence de contrat écrit conforme.
| Document ou étape | Raison et rôle | Quand l’utiliser |
|---|---|---|
| Contrats successifs et fiches de poste | Montrer la répétition et la permanence des tâches | À regrouper dès le début |
| Courriels, plannings, échanges professionnels | Preuves d’organisation régulière et d’intégration | Pour étayer la demande |
| Attestations de collègues ou de clients | Compléter la démonstration de permanence | À joindre au dossier |
| Lettre recommandée avec demande de requalification | Formaliser la demande auprès de l’employeur | Avant saisine de l’inspection ou des prud’hommes |
| Saisine de l’inspection du travail | Obtenir un avis administratif et intervention possible | Si l’employeur ne répond pas favorablement |
Conseils pratiques et points d’attention
Vérifiez toujours la convention collective applicable : elle peut prévoir des plafonds, des règles de renouvellement et des modalités de carence plus favorables que le droit commun. Respectez les délais de prescription pour agir devant les prud’hommes. Si vous avez des doutes sur la qualification de votre contrat, consultez rapidement un avocat spécialisé en droit du travail ou une organisation syndicale pour obtenir un avis et une aide à la constitution du dossier.
Enfin, gardez une chronologie précise de vos contrats et des éléments de preuve : elle facilitera l’analyse et augmentera vos chances d’obtenir la requalification si le besoin de l’entreprise s’avère permanent.



