Le recours au régime d’intégration fiscale est un levier important pour optimiser la fiscalité d’un groupe soumis à l’impôt sur les sociétés (IS). Pourtant, son accès et sa mise en œuvre reposent sur des conditions strictes et des formalités précises. Cet article détaille les éléments pratiques à vérifier avant d’opter, les documents à constituer et les conséquences comptables et fiscales liées à l’alignement des exercices.
Les conditions d’éligibilité : le seuil de détention et l’assujettissement à l’IS
La condition la plus sensible est le seuil de détention. Pour qu’une filiale puisse être intégrée au périmètre d’une société mère, la société mère doit détenir un pourcentage très élevé du capital et des droits de vote. Ce seuil s’apprécie tant en détention directe qu’indirecte via des chaînes de sociétés : chaque maillon de la chaîne doit être documenté afin de prouver la détention effective. Il est donc indispensable d’établir, à la date d’effet de l’option, la situation exacte des participations.
L’autre condition essentielle est l’assujettissement à l’ISeules les entités imposables à l’impôt sur les sociétés peuvent faire partie du groupe d’intégration. Les sociétés civiles, les entités exonérées, ou celles relevant d’un autre régime fiscal peuvent être exclues, sauf cas particuliers. Vérifier l’extrait Kbis, les liasses fiscales et les statuts permet de s’assurer de l’assujettissement effectif.
Preuves et documents à collecter
- Statuts des sociétés et tout acte modificatif.
- Pacte d’actionnaires et conventions prévoyant des clauses d’attribution de droits de vote.
- Extraits Kbis récents et liasses fiscales démontant l’assujettissement à l’IS.
- Actes d’acquisition et relevés de transfert pour prouver les dates de détention.
- Cartographie des participations et schéma de détention directe/indirecte.
Formalités d’option : preuve écrite, délai et conservation
L’option en elle-même doit être formalisée par un acte écrit et daté. Il ne suffit pas d’un accord oral ou d’une intention : l’administration attend une décision matérialisée. En pratique, cela prend la forme d’un procès-verbal de décision et d’une mention de l’option dans la déclaration fiscale appropriée. Il est recommandé de conserver tous les justificatifs pendant une longue période afin de pouvoir répondre en cas de contrôle.
Concernant les délais, l’option doit être prise avant la date d’effet souhaitée et respecter les échéances déclaratives. Le non-respect des formalités ou des délais peut empêcher l’intégration pour l’exercice considéré. Compte tenu des risques, il est prudent d’établir un calendrier interne et de prévoir la transmission des pièces à l’expert-comptable ou au conseil fiscal en charge.
Checklist synthétique
- Vérifier le seuil de détention (capital et droits de vote) à la date d’effet.
- Confirmer l’assujettissement à l’IS de chaque entité concernée.
- Rédiger et dater l’acte d’option (PV).
- Joindre les justificatifs à la déclaration fiscale exigée.
- Conserver l’ensemble des pièces justificatives (10 ans conseillé).
Concordance des exercices : aligner les dates et traiter les conséquences
Un point technique majeur est la nécessité d’aligner les exercices comptables des sociétés intégrées. Si les clôtures diffèrent, il faudra procéder à des ajustements : prolongation ou raccourcissement d’exercice, calculs de prorata temporis, neutralisations comptables et fiscales pour garantir une correcte imputation des résultats. La synchronisation a des effets concrets sur le montant de l’impôt consolidé et sur la gestion de trésorerie.
La prolongation d’exercice permet d’aligner la date de clôture sur celle de la société mère, mais nécessite une décision formelle motivée et un traitement comptable spécifique. Le raccourcissement est également possible mais peut entraîner des écritures particulières pour répartir les charges et produits sur la période concernée. Dans tous les cas, il faut documenter les raisons et les modalités de la modification d’exercice afin de préserver la traçabilité en cas de contrôle fiscal.
Conséquences comptables et fiscales
Lorsque l’alignement est réalisé, il convient de :
- Neutraliser les opérations intra-groupe pour éviter la double imposition.
- Appliquer les règles de prorata pour les produits et charges qui ne se rapportent pas exactement à la période intégrée.
- Recalculer les amortissements et provisions selon le périmètre consolidé.
- Préparer des états financiers consolidés conformes aux référentiels applicables et aux exigences fiscales.
Avant d’opter : audit interne et simulation
Avant de prendre une décision, lancez un audit interne pour valider les prérequis et chiffrer l’impact économique et fiscal. Un simulateur interne qui reconstitue les résultats consolidés permet d’anticiper les économies ou les impacts négatifs. Prenez en compte les incidences sur la trésorerie, sur les taux d’imposition effectifs et sur la comptabilité analytique.
Enfin, consulter un fiscaliste ou un conseil spécialisé est vivement recommandé : les subtilités juridiques et la jurisprudence évoluent, et une option mal conduite peut se traduire par des redressements ou des impossibilités d’application. Un accompagnement professionnel sécurise le processus et garantit la conformité des pièces et des démarches.
En résumé, l’intégration fiscale est un outil puissant mais exigeant : vérifiez le seuil de détention et l’assujettissement à l’IS, formalisez l’option par écrit, synchronisez les exercices avec soin, documentez chaque étape et simulez les impacts avant d’engager le groupe.



